L’idéal transculturel de Assia Djebar dans L’Amour, la fantasia

Amar GUENDOUZI, ZERAR Sabrina

Résumé


Vers la fin de L’Amour, la fantasia (1984), dans le chapitre intitulé Soliloque, Assia Djebar (1985) écrit :

On me dit exilée. La différence est plus lourde : je suis expulsée de là-bas pour entendre et ramener à mes parentes les traces de la liberté… Je crois faire le lien, je ne fais que patouiller, dans un marécage qui s’éclaire à peine.

(…) Et les aurores se rallument parce que j’écris.

Ma fiction est cette autobiographie qui s’esquisse, alourdie par l’héritage qui m’encombre. Vais-je succomber ? (pp. 303-4) (En italique dans le texte)

Ecrit à partir de son lieu d’exile avec lequel elle n’arrivait pas, ou ne voulait pas s’identifier, et au sujet de sa patrie qui l’a expulsée, ce passage autobiographique révèle que Djebar se positionne bel et bien dans ce que Homi Bhabha appelle « the third space of enunciation » (1994 : 37). Cet espace est un espace hybride, situé aux frontières des cultures nationale et globale, et dont l’identité culturelle est une identité syncrétique, parfois instable et indéterminée. Pour Bhabha, c’est dans ce genre d’espace ambivalent et contradictoire que l’identité culturelle émerge. En outre, la volonté d’investir ce territoire « pourrait ouvrir la voie à la conceptualisation d’une culture internationale » (Bhabha, 1994 : 38) (ma propre traduction, et en italique dans le texte d’origine). En d’autres termes, reconnaître et assumer l’identité hybride sont les meilleurs moyens de transcender les différences culturelles issues des clivages ethniques et raciaux, et de jeter les fondements d’une identité transculturelle.

  

Vers la fin de L’Amour, la fantasia (1984), dans le chapitre intitulé Soliloque, Assia Djebar (1985) écrit :

On me dit exilée. La différence est plus lourde : je suis expulsée de là-bas pour entendre et ramener à mes parentes les traces de la liberté… Je crois faire le lien, je ne fais que patouiller, dans un marécage qui s’éclaire à peine.

(…) Et les aurores se rallument parce que j’écris.

Ma fiction est cette autobiographie qui s’esquisse, alourdie par l’héritage qui m’encombre. Vais-je succomber ? (pp. 303-4) (En italique dans le texte)

Ecrit à partir de son lieu d’exile avec lequel elle n’arrivait pas, ou ne voulait pas s’identifier, et au sujet de sa patrie qui l’a expulsée, ce passage autobiographique révèle que Djebar se positionne bel et bien dans ce que Homi Bhabha appelle « the third space of enunciation » (1994 : 37). Cet espace est un espace hybride, situé aux frontières des cultures nationale et globale, et dont l’identité culturelle est une identité syncrétique, parfois instable et indéterminée. Pour Bhabha, c’est dans ce genre d’espace ambivalent et contradictoire que l’identité culturelle émerge. En outre, la volonté d’investir ce territoire « pourrait ouvrir la voie à la conceptualisation d’une culture internationale » (Bhabha, 1994 : 38) (ma propre traduction, et en italique dans le texte d’origine). En d’autres termes, reconnaître et assumer l’identité hybride sont les meilleurs moyens de transcender les différences culturelles issues des clivages ethniques et raciaux, et de jeter les fondements d’une identité transculturelle.


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Références


- Abdel-Jouad H. (1991) “Dialectics of the Archaic and the Post-modern in Maghrebian Literature in French”, STCL, Vol. 15, n° 1, 59-77.

-Allard-Poesie F. et Perret V. (1998) « Le postmodernisme nous propose-t-il un projet de connaissance ? » Centre de recherche DMSP, 263, 1-15.

- Bhabha H. K.(1994), The Location of Culture. London, Routledge.

- Djebar A. (1995). L’Amour, la fantasia. Paris, Albin Michel.

----------. (2000), « Idiome de l’exil et langue de l’irréductibilité ». Discours de la romancière lors de la cérémonie de la remise du prix des Editeurs et Libraires allemands, Prix de la Paix 2000.

- Fanon, F. (1993), Peau noire masques blancs. Alger, ENAG.

-Lyotard, J-F. (1994), La condition postmoderne. Tunis, Cérès.

- Perret V. Voir Allard-Poesie.

-Todorov T. (1992), The Conquest of America. New York, Harper Perennial.


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