La (re)construction de la mémoire identitaire en expansion dans le discours et la langue : cas de La disparition de la langue française d’Assia Djebar

Kahina Bouanane

Résumé


Berkane, le personnage principal dans la disparition de la langue française de Djebar vit en France depuis vingt ans, il décide de regagner l’Algérie quelques mois après que lui et Marise se sont quittés. Il s’installe face à la mer à proximité d’Alger. Lui, l’enfant de la Casbah, ne reconnaît pas sa terre natale : elle n’a plus rien à voir avec celle de sa mémoire et ses proches ont presque tous disparu. Berkane observe le présent et égrène les souvenirs : son enfance, sa famille, son quartier, la montée du nationalisme, la bataille d’Alger. Il fait la connaissance de Nadjia dont il tombe éperdument amoureux ; mais celle-ci fuit l’Algérie depuis de longues années et retourne en Europe. Il commence alors à écrire, en français, le récit de sa vie. En Septembre 1993. Berkane disparaît. Est-il victime des fanatiques qui font régner la terreur ? La mémoire est en guerre dans ce roman, elle est le résultat de maux provoqués par tout un environnement et un système, nous tenterons de démontrer et de décrire la dynamique de la mémoire en (re)construction individuelle et sociale en analysant, en interprétant les réactions, les mémoire(s), les sentiments et les réflexions des personnages ainsi que leur émois parfois rude. Tout le roman est en fait une quête mémorielle du personnage principal. Qui est-il ? D’où vient-il ? Comment donc s’exprime-t-il? C’est face à toutes ces questions que Berkane se trouve confronté. Les réponses lui permettent de se construire, puisque par définition une identité est une construction d’un individu à travers trois dimensions ; la dimension sociale, culturelle et enfin la dimension personnelle. C’est elle qui donne sens à la vie de l’homme en le structurant et en l’enracinant. Berkane vit cette dépersonnalisation à trois niveaux. Lorsqu’il vivait avec Maryse, le rapport dialectique avait disparu : le même (le Moi) se confondait avec l’Autre d’où la perte du sens qui fonde la personnalité de l’homme et qui le conduit à une crise identitaire. Le personnage a vécu coupé de ses racines pendant plus de vingt ans arraché de ses racines culturelles et sociales qui finalement sont arrivées à corrompre les racines individuelles. Il revient dans un pays où il n’a plus de repères, il est aveuglé par ses sentiments confus: «Ma déception de ce retour à mon quartier, je le      trouve double. Des retrouvailles irrémédiablement fissurées» ce sont les mots de ce protagoniste principal face à la guerre de maux aussi bien existentielle, psychologique que sociale. La mémoire étant fragmentée dans tous ses états sera le cœur de cette communication.

Dans cette communication, nous tenterons de rendre non seulement un bel hommage à cette écrivaine hors pair mais aussi, de voir comment est ce que la mémoire et l’histoire prennent un sens tellement proche de la définition apportée par Paul Ricœur ?


Texte intégral :

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Références


- Ed, Albin Michel, 2006, p.224.

- Revel, 1995

- Assia DJEBAR, La disparition de la langue française, Albin Michel, 2003, P 13

- G. ERNEST dit que «l’absence n’est qu’une forme douloureuse de la présence, ambiguïté qui caractérise cette autre absence, où l’on est en principe parti pour toujours», L’Absence, in 1896-18996 actes du colloque international des 6-8 juin 1996, P.67

- Assia DJEBAR, la disparition de la langue française, éd, Albin Michel, 2003, P. 87

- Ibid., P.154

- ibid., p. 141

- Ibid., p. 139

- Cf., peysson –ZEISS A., 1999:164.

- Assia DJEBAR, La disparition de la langue française, Albin Michel, 2003, P 144

- Ibid., P 180.181

- G. BACHELARD, La poétique de l’espace, P.U.F., 1989, P 178

- Op. Cit., P 40

- Ibid. P. P 139. 140

- Assia DJEBAR, La disparition de la langue française, Albin Michel, 2003, p. 141.

- Ibid, p. 166.

- Ibid., p. 145

- Ibid., p. 147

- Ibid., p. 148

- A cet égard, J. DERRIDA souligne rigoureusement le caractère phénoménologique du présent perçu à l’instar de la théorie husserlienne «sans doute aucun maintenant ne peut-il être isolé comme instant et ponctualité purs. (…) On s’aperçoit alors très vite que la présence du présent perçu ne peut apparaître comme telle que dans la mesure où elle compose continûment avec une non-présence et une non-perception, à savoir le souvenir» La voix et le phénomène, P.U.F., 1972, p. 68-72

Il peut aussi que le couple avant-après est le système passé-présent-futur, se superposent, s’opposent ou se confondent, selon les sentiments, selon les perceptions sensuelles, c’est à dire que Djebar élabore sa propre représentation du temps, et également à explorer le présent comme une dimension ouverte, parfois élargi jusqu’à l’éternité notamment dans sa relation amoureuse avec Nadjia avec Berkane

- Ibid., p. 180

- Assia DJEBAR, La disparition de la langue française, Albin Michel, 2003, p. 144

- Ibid., p.p. 142.143

- Ibid., p. 139

- Ibidem., p. 148

- Ibidem., p. 173

- Ibidem., p. 170

- Ibidem., p. 166

- Ibidem., p. 131

- Ibid., p. 192

- Ibid., p. 250

- Ibid., p. 189.190

- Ibid., p. 88

- En considérant ce texte «une méditation triste et douloureuse d’âme accablée par une déception et par une peine», G. ZAYED écrit que «la mélancolie de tout romancier a son origine dans la tentative de rupture avec son passé, dans le triste exil qu’il refuse de croire. Mais telle est la force de suggestion chez ce personnage pensant qu’il lui suffit de fuir pour se croire délivrer de toute attache, alors que, plus qu’aucun autre, il traîne après lui tout le poids de son passé». G. ZAYED, Les R.S.P ou la nostalgie du paradis perdu, p. 19

- Op. Cit., p. 68

- Ibid., p. 84.

- Ibid., p. 89


Renvois

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