Lire et traduire Assia Djebar au Japon

Kiyoko Ishikawa

Résumé


La traduction joue un rôle indispensable dans la présentation et la diffusion de la littérature étrangère au Japon. C’est grâce à la traduction que l’on découvre tout écrivain du monde non seulement dans le divertissement mais aussi dans les recherché académiques. En tant que traductrice de L’Amour, la fantasia, la première traduction en japonais d’Assia Djebar parue en 2011, je me pencherai d’abord sur ce qu’a apporté la traduction des deux romans de l’auteure (La Femme sans sépulture en meme année), sur leur réception dans ce pays d’Extrême-Orient où la présence de la literature algérienne, surtout celle des femmes, est quasi inaperçue. La traduction contribuera désormais à l’enrichissement de l’étude de cette littérature au Japon. D’autre part, l’expérience de la traduction m’a donné une précieuse occasion de lire minutieusement l’œuvre d’Assia Djebar. C’est en traduisant que je me suis vraiment rendue compte de la richesse et de la complexité de L’Amour, la fantasia. En même temps, cette complexité du texte djebarien m’aconfronté à plusieurs difficultés de la traduction et à la problématique immanente du texte. Peut-on dire que l’écrivain Assia Djebar est une«traductrice» à plusieurs niveaux de la culture humaine, de langue, d’histoire et de mémoire? Djebar elle-même définit, dans l’ouverture des Femmes d’Alger dans leur appartement, son proper role d’écrivaine algérienne comme traductrice des «voix dans n’importe quelle langue non écrites, non enregistrées» des femmes. Autour de ce que le mot «traduire» me suggère, en présentant ma proper expérience de la traduction d’Assia Djebar, j’analyserai la spécificité et la créativité complexes de son écriture.


Texte intégral :

PDF

Références


- Ai, fantazia, trad. Kiyoko Ishikawa, Tokyo, Misuzu-shobô, 2011. «La femme qui pleure», «Il n’y a pas d’exil», «Jour de Ramadan» des Femmes d’Alger dans leur appartement (1980) furent traduits par Ikuhiro Fukuda dans la revue Gunzô, no 6, 1996, pp.322-348. Les trois premiers chapitres de L’Amour, la fantasia par Junko Takeuchi dans la revue aala, no 99 été 1995, pp.37-45.

-Haka no nai onna, trad. Akiko Mochida, Tokyo, Fujiwara-shoten, 2011.

-Ces paroles sont une partie du texte d’une chanson populaire en japonais, «Kasuba no onna [Femme de la casbah]» écrite en 1955 par Hisawo Ohtaka. Un chanteur et cinq chateuses interprétèrent cette chanson dans les années 50 et 60,.

-Par exemple, nous citons les titres suivants : Jean-Luc Godard, Le Petit soldat, 1960 (qui ne sortira qu’en 1963 en raison d’une interdiction par la censure) ; Alain Resnais, Muriel, ou le temps d’un retour, 1963 ; Gillo Pontecorvo, La Battaglia di Algeri, 1966.

-En 1974 un recueil de nouvelles arabes, Gendai arabu bungaku sen, a été édité et publié par Hiroshi Noma, suivi par une collection de romans arabes en dix tomes: Gendai arabu shôsetsu zenshû, éd. Hiroshi Noma, Tokyo, Kawade-shobô-shinsya, 1989, dont Mohammed Dib, L’Eté africain [Afurika no natsu], trad. Koichiro Shinoda et Hiroji Nakajima et Mouloud Mammeri, L’Opium et le baton [Ahen to muchi], trad. Shoichi Kikuchi.

- Cinq traductions d’Agota Kristof, dix-sept de Milan Kundera et treize deTahar Ben Jelloun.

- Kateb Yacine, Nedjma [Nejuma], trad. Shoichi Shimada, Tokyo, Gendai-kikaku-shitsu, 1994. Rachid Boudjedra, La Répudiation [Rien], trad. Ikuhiro Fukuda, Tokyo, Kokusho-kankokai, 1999. Pour Tahar Ben Jelloun, entre autres, L’Enfant de sable [Suna no kodomo], trad. Yuko Kikuchi, Tokyo, Kinokuniya-shoten, 1996. Abdelkader Khatibi, Figures de l’étranger [Ihôjin no fugyûru], trad. Ryo Watanabe, Tokyo, Suisei-sha, 1995 etLe Maghreb au pluriel [Magurebu, fukusû no toposu], trad. Nao Sawada et Ikuhiro Fukuda, Tokyo, Seido-sha, 2004. Trois romans de Yasmina Khadra sont traduits :Les Hirondelles de Kaboul [Kabûru no tsubame tachi], trad. Yuko Fujimoto, Tokyo, Hayakawa-shobô, 2007; L’Attentat [Teroru], trad. Yuko Fujimoto, Hayakawa-shobô, 2007; Ce que le jour doit à la nuit [Hiru ga yoru ni ou mono], trad.Yuko Fujimoto, Hayakawa-shobô, 2009.

-Fatima Mernissi, La Peur-modernité : le conflit islam démocratie [Isuramu to minsyusyugi], trad. Masatoshi Kisaichi, Shoko Kawamasa, Tokyo, Heibon-sha, 2000; Women’s rebellion and Islamic Memory [Vêru yo saraba], trad. Yumi Shoji et al., Tokyo, Shinsen-sha, 2003.

-Fadhma Aït Amrouche Mansour, Histoire de ma vie [Kabiria no onna tachi], trad. Kazuko Nakajima, Tokyo, Suisei-sha, 2005.

-Emna Belhadj Yahia, L’Étage invisible [Mienai nagare], trad. Etsuko Aoyagi, Tokyo, Sairyû-sha, 2011.

-Faïza Guène, Kiffe kiffe demain [Ashita wa kitto umaku iku], trad. Makiko Kawamura, Tokyo, Hayakawa-shobô, 2006.

-Cinq articles par ordre chronologique : Toshifumi Jinno, Shûkan kinyôbi, le 22 avril 2011, p.43 ; Nao Sawada, Shinano mainichi shimbun, le 1er mai ; Oka Mari, Nihon keizai shimbun, le 8 mai 2011 ; Nao Sawada, Shizuoka shimbun, le 5 juin 2011, p.29 ; Satoshi Udo, Tosho shimbun, le 11 juin 2011, p.4.

-Anonym, Asahi shimbun, le 11 décembre 2011 ; Nao Sawada, Sankei shimbun, le 29 janvier 2012.

-Le Cercle des amis d’Assia Djebar, Lire Assia Djebar!, Cibourne, La Cheminante, 2012.

-Assia Djebar, L’Amour, la fantasia, Paris. Albin Michel, 1995 (Ed. Lattès, 1985), p.52.

-Ibid., p.226.

-Anne Donadey, « “Elle a rallumé le vif du passé”: L’écriture-palimpseste d’Assia Djebar» dans Alfred Hornung et Ernstpeter Ruhe éds.,Postcolonialism & Autobiographie, Amsterdam, Rodopi, 1998, pp.101-115.

-Assia Djebar, Femmes d’Alger dans leur appartement, Paris, Albin Michel, 2002 (Ed. Des Femmes, 1980), p.7.

-L’Amour, la fantasia, p.203.

-Femmes d’Alger, p.8.

-L’Amour, la fantasia, p.161.

-Pour la relation musicale de ce roman, voir notamment Mireille Calle-Gruber, Assia Djebar ou la résistance de l’écriture, Paris, Maisonneuve et Larose, 2001, chapitre II « ...Et la voix s’écri(e)ra, Assia Djebar ou le cri architecte» (pp.35-51) ; Beïda Chiki, Assia Djebar, histoires et fantaisies, Paris, Presses de l’Université Paris-Sorbonne, 2007, chapitre II « L’ivresse musicienne» (pp.67-76) ; Jeanne-Marie Clerc, Assia Djebar, écrire, transgresser, résister, Paris, L’Harmattan, 1997, chapitre « La structure musicale» (pp.127-139).

- Femmes d’Alger, p.9.

- L’Amour, la fantasia, p.243.


Renvois

  • Il n'y a présentement aucun renvoi.