Ecriture romanesque, témoignage historique: la figure du bandit d’honneur dans La colline oubliée de M. Mammeri, zones d’ombres et de lumière.

Abdellaziz KHATI

Résumé


In this article we will try to see in Mammeri’s novel, serving as a case in point, the complexity of the historical dimension of the testimony in the novel genre. Indeed, this novel evokes implicitly the phenomenon of bandits of honor during the colonial period in Algeria. However, unlike history books, it addresses this issue by revealing some hidden faces of this type of characters, bandits of honor, for some, outlaws, for others. The novel illustrates, in effect, the duplicity and complexity of this character. Indeed, Mammeri traces the trajectory of a young, idle and miserable boy pushed by the injustices of colonization to revolt. The behavior of the character and his portrait are not without reminding us two historical figures of the Algerian resistance to French colonization. Nonetheless, what interest us in the first place are not so much the similarities that this character bears to those two historical figures, as the limits of the craft of the novelist. Our endeavor aims, therefore, to show the limits of the historical record in the novel and to provide a relevant explanation.


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Références


- Oussedik, Tahar, Oumeri, Ed Laphomic, Alger, 1982.

- Ouali Bennai (1920-1957) révolutionnaire et militant nationaliste algérien, connu pour être à des fervents opposant de Messali au sein du PPA. Il fut abattu par ses propres frères d’arme sur ordre de Krim Belkacem en 1956 à cause de son berbérisme. Voir : Guenoun, Ali, chronologie du mouvement berbère : un combat et des hommes, Ed Casbah, p. 21

- Djegheloul, Abdelkader, « Hors-la-loi, violence rurale et pouvoir colonial en Algérie au début du XXe siècle : les frères Boutouizerat » In Revue du Monde Musulman et de la méditerranée, n° 38, 1984. Ed Association pour l’étude des sciences humaines en Afrique du Nord, p. 37-45.

- Adli, Younes, Arezki El Bachir : histoire d’honneur, Ed A compte d’auteur, Alger, 2001. Et :

http://www.tadukli.fr/component/content/article/40-hommes-et-femmes-de-kabylie/223-arezki-u-lbachir-un- brigand-chevaleresque.html

- Oussedik, Tahar, Oumeri, Ed Laphomic, Alger, 1982.

- Entre autres par Lounis Ait Menguellet. Voir : Yacine, Tassadit, Ait Menguellet chante, « Hmed Umerri : le hors-la-loi », Ed La Découverte/Awal, p. 229

- Lors de son procès, voici ce qu’a répondu Arezki El Bachir au juge : « Si j’ai pris la forêt, à qui la faute ?...A l’administration. Mon père était propriétaire de cent cinquante hectares de terres ; il avait des oliviers, des figuiers, il pouvait faire des céréales. Petit à petit, il a été dépouillé par les Domaines, par les agents forestiers, par les amins alliés aux administrateurs des communes mixtes. A ces gens, il faut sans cesse donner de l’argent, des moutons, des chèvres, des volailles. Mon père et mon grand-père ont toujours refusé ; j’au suivi leur exemple. » Violard, Emile, Bandits de Kabylie : bandits d’honneur kabyles au XIXe siècle, E. Alger-Livres Editions, p.156.

- « Les insoumis et les déserteurs prennent le plus souvent le maquis. Bandes organisées et hors-la-loi créent un climat d’insécurité. » Djagheloul, Abdelkader, «Hors-la-loi, violence rurale et pouvoir colonial en Algérie au début du XXe siècle : les frères Boutouizerat » In Revue du Monde Musulman et de la méditerranée, n° 38,1984. Ed Association pour l’étude des sciences humaines en Afrique du Nord, p. 41.

- Il est difficile d’apporter des affirmations quant aux activités réelles d’un bandit d’honneur, certains témoignages, entre autres ceux de personnes âgées ayant vécu l’événement et en ayant gardé le souvenir vivace, affirment que les actions d’Oumeri sont loin d’être, toutes, exemptes de reproches et que des exactions ont été commises par lui à l’encontre de simples citoyens.

- Ce pré-maquis qui apparaît dans le roman peut être une représentation de celui d’Organisation Secrète chargée de préparer le terrain à la révolution de 1954. Courrière, Yves, La guerre d’Algérie, Les fils de la toussaint, Ed Fayard.

- On n’en sait très peu sur la réalité des contacts qu’il y avait entre Oumeri et Krim Belkacem, y a-t’il eu allégeance ? Jusqu’à quel degré Krim Belkacem contrôlait-il les actions d’Oumeri, ce point d’ombre historique reste à éclairer.

- Certains témoignages racontent que la liquidation physique de Bennai avait pour cause et son berbérisme et ses histoires de mœurs. Néanmoins, nous n’avons trouvé aucun support écrit attestant de la véracité de cette version des faits.

- « J’étais contraint à la litote, à certaines ambigüités (…) à certains choix qui eussent été autres dans un contexte politique différent » Mammeri in : Déjeux, Jean, Bibliographie méthodique et critique de la littérature algérienne de langue française (1945-1977, Ed SNED, p. 188.

- « Mais la relation du roman à la réalité qui nous entoure ne se réduit pas au fait que ce qu’il nous décrit se présente comme un fragment illusoire de celle-ci, fragment bien isolé, bien maniable, qu’il est donc possible d’étudier de près. La différence entre les événements du roman et ceux de la vie, ce n’est pas seulement qu’il nous est possible de vérifier les uns, tandis que les autres, nous ne pouvons les atteindre qu’à travers le texte qui les suscite. Ils sont aussi, pour reprendre l’expression courante, plus « intéressants » que les réels. L’émergence de ces fictions correspond à un besoin, rempli une fonction. Les personnages imaginaires comblent des vides de la réalité et nous éclairent sur celle-ci. » Butor, Michel, Essais sur le roman, Ed Gallimard, p. 11.

- « La littérature achève le (sens du) monde, elle l’accomplit parce qu’elle se revisite. » Sallenave, Danièle, le don des morts, Ed, Gallimard, p. 98.


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