La conception du temps chez les personnages romanesques de La terre et le sang de Feraoun, La colline oubliée de M. Mammeri et La Malédiction de M. Haddadi. Temps cyclique/temps linéaire

Abdellaziz KHATI

Résumé


Nous observons à la lecture de La colline oubliée M. Mammeri,  La terre et le sang de M. Feraoun et La malédiction de M. Haddadi que sous l’effet de la présence coloniale française et la modernité qu’elle a introduite en colonie (La Kabylie ici en occurrence) deux mondes s’affrontent : celui de la modernité et celui de la tradition. En effet, l’attrait de la civilisation française et du progrès technique ne pouvaient laisser insensibles les Kabyles. Et, c’est tout naturellement que ces derniers, dans le but d’améliorer leurs conditions de vie, se sont mis à s’inspirer des techniques modernes de construction de bâtisses utilisées par l’administration coloniale et des maisons des rares colons qui ont habité en région montagneuse. La scolarisation, plus ou moins, généralisée (selon les régions) des Kabyles dans les écoles françaises ainsi que leurs départs massifs (mineurs et ouvriers) vers la France vont marquer profondément l’homme Kabyle dans sa conception de la vie. A partir de ce moment, la communauté paysanne kabyle perdra son homogénéité et un conflit de génération fera son apparition.


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Références


- « Bien qu’il ne soit pas inconcevable que les sociétés de l’oralité puissent mettre au point un mode linéaire « progressif » de calcul du passage des années, je n’en connais aucun exemple. On dit parfois que de telles sociétés ont une conception du temps cyclique plutôt que linéaire. » Jack Goody, Entre l’oralité et l’écriture, Ed PUF, p. 221-222.

- Ce calendrier peut être consulté sur le site internet suivant : http://frawcen.voila.net/

- Chacune de ces périodes prenait le nom relatif à l’activité agricole qu’on y pratiqué ou bien un nom relatif à l’état des plants ainsi (izegzawen, iwraghen, iquranen) correspondrait en français à (plants verts, plants jaunes, plants fanés).

- Kanoun en kabyle signifie l’âtre. Le mot ce confond parfois avec Qanoun (Kanoun) qui signifie la loi.

- (LCO Pp. 144/145)

- (Lts p.171)

- En Kabylie, l’âge précis d’une personne importait peu quand bien même le droit d’ainesse et le respect des personnes plus âgées est de rigueur. L’individu est catalogué dans une tranche d’âge (enfance, jeunesse, vieillesse) et passe d’une phase à une autre selon ses aptitudes physiques. Cela nous le percevons nettement dans le roman de Malek Ouary, lorsqu’un policier français parle des musulmans : « Eux-mêmes d’ailleurs ils savent pas quand ils sont nés. C’est curieux : ces gens-là, d’enfants deviennent homme d’un coup et à partir de ce moment-là, ce sont des adultes sans âge. Ils restent comme ça, sans bouger jusqu’à la vieillesse qui, elle aussi, les prend d’un coup. » La robe kabyle de Baya, Ed Bouchene, p 17.

- « Lorsque l’individu parvient à maitriser l’écriture, le système de base qui sous-tend la nature de ses processus mentaux est changé de fond en comble, car ce système symbolique externe en vient à agir comme médiateur dans l’organisation de toutes ses opérations intellectuelles fondamentales. C’est ainsi que la connaissance d’un système d’écriture modifiera jusqu’à la structure de la mémoire (…) » Jack Goody, Entre l’oralité et l’écriture, Ed PUF, p. 214-215.

- « Il semble qu’une société rurale traditionnelle, montagnarde, renfermée sur elle-même, tout en sachant qu’une vie plus confortable et plus variée existe au-delà – société rurale où le temps cyclique échappant à toute interprétation linéaire, la rigueur des conditions climatiques, le caractère médiocre et aléatoire des récoltes, la mortalité élevée, sont autant de justification d’une attitude fataliste devant l’existence – (…) » Madelain Jacques, L’errance et l’itinéraire, Ed Sindbad, p. 62.


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